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Boris Cyrulnik : L'âme et le corps enfin réconciliés

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Le cerveau n’est pas un organe « fini » dès la naissance, comme le cœur, le foie ou les reins : c’est sous l’effet des échanges avec les autres qu’il devient sensible au monde et y réagit. Pour comprendre l’humain, impossible de séparer corps et esprit, psychique et physique, affectivité et biologie, nous dit en substance Boris Cyrulnik dans son dernier livre De chair et d’âme. Sauf à se condamner à une vision du monde boiteuse, hémiplégique.
Alors, enfin dépassée cette vieille opposition qui influence notre façon de penser depuis l’Antiquité ? Enterrée la querelle qui divise les psys, pour qui toutes nos difficultés intérieures s’expliquent par le complexe d’Œdipe ou l’angoisse de castration, et les neuroscientifiques, pour qui tout est dans les neurones et les gènes ?
« Les performances techniques des images du cerveau associées à la clinique neurologique et à la psychologie permettent aujourd’hui d’aborder le problème d’une manière non dualiste, affirme Boris Cyrulnik. Les avancées des neurosciences confirment les intuitions de Freud sur la réalité de l’inconscient. Et les théories analytiques permettent aux neurobiologistes de mieux saisir ce qu’ils observent.
D’ailleurs, un nombre croissant de psys s’offrent une formation en neurologie, tandis que les neurologues ont un peu moins peur de s’allonger sur le divan. » Le début d’une ère nouvelle pour la compréhension des plaies de l’âme ?

En savoir plus sur Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik enseigne à l’université de Toulon. Il s’est d’abord fait remarquer par ses travaux sur la naissance du lien mère-enfant chez les animaux et les humains. A partir de ses recherches sur l’attachement, il va populariser la notion de « résilience » : la capacité à rebondir après un traumatisme.
Son credo : l’homme est une créature à la fois sentimentale et biologique… Boris Cyrulnik est l’auteur de nombreux essais, dont Sous le signe du lien (Hachette, “Pluriel”, 1997), Les Nourritures affectives, Un merveilleux malheur et Les Vilains
Petits Canards (Odile Jacob, “Poches”, 2000, 2002 et 2004).

Psychologies : A vous lire, nous aurions non pas un, mais deux inconscients. Celui des psys, dont parle Psychologies magazine, et celui des scientifiques. De quoi est fait cet inconscient-là ?

Boris Cyrulnik : L’idée d’un second inconscient, appelé « inconscient cognitif », est apparue dans les années 1980. Elle commence à faire son chemin chez les psys, qui au départ ne voulaient pas en entendre parler. C’est une mémoire sans souvenirs, purement corporelle, alors que l’inconscient freudien est constitué de désirs secrets, de pensées honteuses et de souvenirs pénibles. Un ancien jardinier devenu amnésique se promène avec son médecin dans le golf où il travaillait. Ses pas le mènent vers la cabane où il entreposait ses outils. Son corps se souvient, alors que lui soutient fermement n’être jamais venu là et a tout oublié de son ancien métier.
L’inconscient cognitif, c’est ce que nous savons sans savoir que nous le savons. Un enfant maltraité apprend « cognitivement » la violence – il l’intègre sans y penser, sans le vouloir. Même quand il parvient à y échapper, son corps se souvient : sans même en avoir conscience, il sera plus sensible qu’un autre aux signaux qui indiquent qu’il y a de la violence dans l’air.

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