CHRONIQUE : Je suis l'otage lambda Bordeaux Gironde

Je n’ai pas été enlevé aux Philippines, ni séquestré en Colombie ou au Paraguay. On ne m’a pas coupé un doigt pour accélérer le paiement d’une quelconque dette et on ne m’a pas saucissonné à dix heures du soir pour m’obliger à donner la clé d’un coffre (que je n’ai pas encore !). Cependant, pratiquement chaque mois, je suis pris en otage

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CHRONIQUE : Je suis l'otage lambda

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En août, par des marchands de pommes qui bloquaient la nationale que j’empruntais pour aller chercher à la gare d’Avignon, un de mes fils de retour des Etats-Unis. En septembre, par les contrôleurs du ciel qui me retiennent à Paris. Un mois plus tard, par les pilotes de ligne, puis par le personnel au sol. Quelque temps après, ce sont les conducteurs de TGV qui s’irritent et me laissent désemparé loin de ma bien-aimée. Puis, quand les conducteurs de poids lourds se fâchent à cause de l’augmentation des carburants, je vois successivement toutes les pompes s’assécher. Il y avait soudain, et c’est un avantage qu’il me paraît important de souligner, moins de voitures sur la petite route qui mène chez le boulanger, et les rares automobilistes roulaient lentement (économie, économie), certains mêmes me souriaient, heureux de voir que j’avais, comme eux, encore un peu d’essence.

Ce sont ensuite les kinésithérapeutes qui bloquent l’entrée de Nantes où
je devais signer mon dernier livre. Début novembre, voulant faire un bilan pour mes yeux, je découvre que tous les ophtalmologues, à cinquante kilomètres à la ronde, ne peuvent me prendre… qu’en janvier. De l’un d’eux, j’apprends qu’ils ont épuisé leur quota de soins et que, ne souhaitant pas être pénalisés, ils refusent de prendre de nouveaux patients. Sauf en cas d’accident grave… que je devrais prouver.
Quelques jours plus tard, je m’aperçois que de nombreux radiologues sont dans le même cas, c’est-à-dire qu’ils m’imposent une attente d’au moins deux mois pour un examen prescrit par mon généraliste qui, lui, n’a, semble-t-il, pas encore dépassé son quota de malades. Ma compagne, elle, doit renoncer à un bilan gynécologique. Dans sa situation, le délai minimal est… de quatre mois.

Ainsi, ma vie, et celle de mes proches, est-elle jalonnée d’un certain nombre de contraintes que m’imposent des citoyens qui vivent dans le même pays, jouissent des mêmes droits et des mêmes libertés. Avec cependant une différence : je n’ai aucun pouvoir sur leur propre vie, sur les actes de la vie quotidienne. Je n’interviens aucunement sur leur déplacement, sur leur santé ; je ne pèse en rien sur le déroulement de leur vie familiale, amoureuse ou professionnelle alors que l’autre catégorie ne s’en prive pas. Je prends conscience qu’il y a, dans mon pays, et cela sur plusieurs plans, des citoyens à deux vitesses, dont les actions n’interfèrent pas de la même façon, ne s’influencent pas aux mêmes niveaux, ni dans les mêmes rapports de force.
Ce que je sens toutefois au plus profond de moi, c’est, mêlé à de la rage, un sentiment d’injustice qui me confronte à l’impuissance dans laquelle je me sens et qui développe en moi des doutes, des refus et même des rejets à propos d’une vie démocratique dans laquelle je me reconnais de moins en moins. Et si je fouille encore un peu, j’entends bien ce qui est touché, réveillé en moi. C’est une partie douloureuse de mon histoire qui remonte. Quand, de 9 à 14 ans, j’étais en sanatorium couché, immobilisé dans un plâtre des pieds au cou, et que j’ai mis plusieurs années pour apprendre à me tenir debout, à marcher, à me déplacer sans aide. Quand je me sens pris en otage par des personnes qui défendent leur droit de travailler avec plus de dignité, c’est tout ce qui concerne la liberté de me déplacer qui est remis en cause. Une liberté que j’ai dû conquérir, défendre, apprivoiser et maintenir vivante avec acharnement ! Je peux imaginer que je ne suis pas le seul à être touché, à être irrité par des actions dérivées du droit de grève et qui vont bousculer, paralyser des tranches entières de vie.

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