CHRONIQUE : La tentation de la paresse Bordeaux Gironde

Le phénomène mérite d’autant plus attention que ce pamphlet enchaîne les affirmations sans souci de les documenter par la moindre enquête. « La France est un pays où l’on ne fiche rien » ou bien encore « Le management moderne est le mariage du crétinisme et de l’hypocrisie ».

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CHRONIQUE : La tentation de la paresse

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Corinne Maier, psychanalyste lacanienne et économiste chez EDF, ne s’embarrasse pas non plus de compassion pour ses contemporains. « Typologie de Maier : Il y a trois catégories de gens, les suiveurs, les nuisibles et les paresseux. »

Ce n’est pas la première fois qu’une critique aussi radicale qu’approximative de l’entreprise fait un tabac. De son “Horreur économique” (Fayard, 1996), il y a huit ans, Viviane Forrester avait déjà vendu plus de trois cent mille exemplaires. Ses acheteurs raffolaient de la dénonciation véhémente des conséquences humaines et sociales de l’économie contemporaine, même si la démonstration factuelle était souvent inepte. Il se confirme donc, à nouveau, que toute charge, même primaire, contre le monde du travail, contre le "système", rencontre une attente et dénote une frustration toujours prête à s’exprimer.
Deux explications : la montée du désir de bien-être personnel (y compris au travail) et l’obsession des chefs d’entreprise pour leur cours de Bourse. Un récent sondage réalisé pour Chronopost en confirmait beaucoup d’autres : sept personnes sondées sur dix reconnaissaient que « leur rapport au travail connaît une barrière : leur vie privée ». En même temps, le besoin d’afficher des résultats financiers toujours au top multiplie les plans sociaux. Les salariés en concluent que leur destin ne dépend guère de leurs efforts ni de leurs mérites.

La solution serait-elle dans la paresse et la grève du zèle ? Clairement non. A la différence de Corinne Maier, je crois fermement que la plupart d’entre nous préfèrent un travail épanouissant à une sinécure pépère. Mais la balle est dans le camp des directions d’entreprise, dont peu semblent avoir compris combien un salarié démotivé est funeste pour leur productivité.
S’ils ne s’en aperçoivent pas à temps, ils finiront bien par être rachetés par des Chinois.
Jean-Louis Servan-Schreiber
Journaliste et patron de presse, Jean-Louis Servan-Schreiber a toujours été attiré par la psychologie. Auteur de nombreux ouvrages, il a réussi à conjuguer ses deux passions à travers le magazine Psychologies.
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