CHRONIQUE : Le métier de tuer Bordeaux Gironde

Notre civilisation parvient-elle à se défaire de ce qu’il y a de plus primitif en nous

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CHRONIQUE : Le métier de tuer

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Bouleversé par les tueries de la Première Guerre mondiale, Sigmund Freud exprimait, dès 1915, sa profonde réprobation devant cette régression du progrès humain. Beaucoup d’entre nous, dont de nombreux Américains, ont un sentiment comparable devant la seconde guerre d’Irak. La décision de sang-froid des dirigeants anglo-saxons d’aller tuer des milliers d’hommes au loin pour faire prévaloir leurs options politiques a paru obscène à nos générations élevées dans le culte de la paix et du respect de la vie. Constatation morose que notre civilisation ne parvient pas à se défaire de ce qu’il y a de plus primitif en nous.

Or, un officier américain à la retraite, le lieutenant-colonel Dave Grossman, nous apporte à ce sujet une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que la plupart des humains, par instinct, se refusent à tuer d’autres hommes. La mauvaise, c’est que nous sommes désormais capables d’apprendre à passer outre cet instinct et que nous l’enseignons à nos propres enfants. Le livre de Grossman, “On Killing”, publié pour la première fois en 1995, a accompagné en Irak nombre d’officiers du corps expéditionnaire américain. Ils ont été surpris d’y découvrir que, pendant la Seconde Guerre mondiale, seuls 15 à 20 % des soldats avaient effectivement tiré sur l’ennemi pendant la bataille. Sans pour autant s’enfuir, les autres ne parvenaient pas à s’y résoudre. Beaucoup se sont donc fait tuer plutôt que d’appuyer sur la gâchette.

L’auteur de cette enquête, par ailleurs diplômé de psychologie, en déduit qu’il existe, dans notre cerveau instinctif, une puissante inhibition à tuer notre semblable. Elle se manifeste d’ailleurs de la même manière chez les animaux. Deux loups ne s’égorgent pas entre eux. Cette observation a évidemment contrarié ceux dont le métier est de tuer : les militaires de tous pays qui avaient cru que, pour que la troupe soit efficace, il suffisait de lui confier une arme et de lui apprendre son maniement. La psychologie moderne, fondée sur l’observation des faits, leur a révélé combien c’était insuffisant. Il fallait aussi leur inculquer la volonté de tuer. Ils ont donc mis au point des techniques de conditionnement à l’entraînement. Ainsi, au lieu d’apprendre aux soldats à viser le centre d’un cercle en carton, on a présenté aux recrues des cibles à forme humaine sur lesquelles ils devaient tirer immédiatement, surtout sans réfléchir, dès l’apparition de ces dernières. Au bout de cent fois, ce nouveau réflexe était acquis.
Les résultats ont suivi : pendant la guerre de Corée, 50 % des fantassins tiraient sur l’ennemi. Au Viêt Nam, le "score" est monté à 95 %. Les statistiques de la récente chevauchée du désert ne sont pas encore disponibles, mais il n’y a pas de raisons de penser que ces "rendements" se soient détériorés. Plus que les milliards investis dans la haute technologie, des techniques rustiques, à la portée de tout sergent entraîneur, ont décuplé l’efficacité des armées modernes. D’autant que notre inhibition à tuer diminue en proportion de la distance. Jamais un artilleur ou le servant d’un missile lancé d’un sous-marin ne s’est refusé à remplir son office, pas plus que les pilotes de bombardiers B52. De loin, il ne s’agit plus d’hommes, mais, à nouveau, de cibles. Les bavures atroces qui touchent des femmes et des enfants sont mises au compte d’erreurs de trajectoire de projectiles supposés sophistiqués, autrement dit, la faute n’en incombe à personne.

L’étude de Grossman démontre qu’à l’inverse des idées reçues, le progrès, à la fois technologique et psychologique, rend nos guerres bien plus meurtrières que celles de nos ancêtres qui pouvaient, sans trop de risque, se permettre un galant : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! » Hélas, cette démonstration perturbante ne se limite pas aux guerres. Notre lieutenant-colonel est natif de Jonesboro, Arkansas, où, le 24 mars 1999, deux élèves de l’école locale ont tué quatre de leurs camarades et en ont blessé dix autres. Grossman (ses observations sont résumées sur son site : www.killology.com ) était alors sur place et a immédiatement fait le lien avec ses travaux sur le conditionnement des soldats pour tuer.

Pour lui, la violence à la télévision, où chaque enfant voit des milliers de fois des humains abattre leurs semblables, ressemble fort à ce que l’on montre aux recrues dans les camps d’entraînement. Pis encore, les jeux vidéo simulent, inlassablement, l’acte de détruire tout ce qui bouge, souvent à bout portant. Certains de ces jeux sont les mêmes que ceux qu’utilise l’armée américaine pour pousser ses fantassins à tirer sans remords.

Ces jeux, selon les enquêtes menées, entre autres, par l’Académie américaine de pédopsychiatrie, laissent dans les jeunes esprits, une impression plus forte que le réel. Il ne faudrait donc pas chercher de causes plus évidentes de l’accroissement des violences physiques qui ont, selon les pays, entre doublé et quadruplé en vingt ans. Le salon familial ne se transforme pas automatiquement en camp de Marines pour nos petits, mais il importe que les parents sachent qu’il existe un certain rapport entre les deux. Que la guerre d’Irak nous permette d’en prendre conscience pourrait faire partie de ses avantages collatéraux.

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