CHRONIQUE : Maintenir la vie coûte que coûte Bordeaux Gironde

L’avenir, aujourd’hui, devient prévisible.

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CHRONIQUE : Maintenir la vie coûte que coûte

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Nous sommes, semble-t-il, condamnés à vivre entre une violence apparente – celle qui tue la vie de milliers d’individus, celle qui nous révulse, nous indigne, brouille et angoisse notre réalité et aussi notre imaginaire – et la violence latente qui stérilise, blesse, mortifie, l’espoir, le rêve, qui nous projette dans un avenir si prévisible qu’il nous laisse sans choix. Sinon celui de continuer à maintenir vivante la vie, de protéger les miettes d’existence qui nous entourent, de semer, de planter, d’entretenir des relations porteuses d’échanges, nourricières de partage, ouvertes sur l’agrandissement et le développement de nos possibles. Le choix de continuer à se respecter et à prendre soin de cette parcelle de vie reçue en dépôt à notre conception.
Au-delà de la violence qui nous envahit et tente de nous détruire, garder vivante cette parcelle de vie pour l’offrir à ceux qui nous entourent, et cela au présent. S’ancrer dans l’instant pour résister, pour continuer à alimenter une énergie d’amour.
L'avenir, pour beaucoup, devenu synonyme de catastrophe. Il n’y a plus d’espérance quand l’imprévisible est assassiné, quand le prévisible opaque, violent, destructeur, obture l’horizon. Il n’y a plus d’espoirs quand nous percevons l’acharnement incroyable à détruire, l’habileté à violenter, la subtilité technique à réunir les meilleurs moyens pour attenter à la vie.

Au lendemain du 11 septembre, dans ma Provence encore protégée, le téléphone n’a pas arrêté de sonner. D’abord mes enfants : ma benjamine, femme de 30 ans, secouée de sanglots qui emportaient une partie de sa confiance au monde, pleurait au téléphone, désespérée par tant d’incohérences, bouleversée par l’irruption du non-sens, par la négation de toute raison ; ceux qui vivent aux Etats-Unis ; celui qui est pilote et qui, ce matin-là, a été interdit de vol comme tous ces collègues ; ceux qui, en Californie, ont assisté, impuissants, à ce qui paraissait à la plupart des Américains d’abord impossible, puis irréaliste, et enfin, cauchemardesque.

Ensuite, cette amie psychothérapeute qui, avant d’entrer dans son cabinet, à 9 heures, me demande un mot, une phrase qui lui permettrait de dépasser son impuissance, de continuer à penser que soutenir quelqu’un au quotidien reste quelque chose d’important, d’essentiel, alors que tout son esprit se révolte contre l’absurdité de ce qui s’est passé la veille, quand son cœur se serre à la pensée que, trois semaines avant, ses deux filles étaient au 102e étage du World Trade Center.
Enfin, des voisins, des inconnus, qui se souciaient de l’impact de cet attentat sur ma vision du monde, sur mes belles idées d’amour, de compréhension, de respect, de responsabilisation, dont ils viennent à douter et dont ils voudraient aussi, subtilement, me faire douter… Et il y a mes propres interrogations face à un quotidien prévisible, lui, pour l’essentiel d’une journée, en apparence lisse et bienveillant, mais qui charrie souterrainement ses petites mesquineries, ses incohérences.

J’ai eu le sentiment, ce matin-là, de devoir faire effort pour me redresser, pour ranger, pour régler des petits problèmes en suspens, avec le sentiment que je devais aérer la vie pour qu’elle échappe au chaos. J’ai retrouvé des gestes simples : arroser mon jasmin, payer des factures en retard, trier une paperasserie encombrante, vérifier cette fuite sur le toit, décider de changer le poste de télévision. Pour mieux me tenir au courant des turpitudes du monde, tant qu’il ne s’agit que de turpitudes.
J’étais bien conscient que je m’accrochais à tout cela pour me relier au réel accessible, prévisible celui-là, pour lutter contre les vagues de colère et de violence qui naviguaient sourdement en moi. De la violence, oui ! Des images folles, désordonnées, envahissantes qui voulaient prendre toute la place ! Alors, à ma façon, je reprends prise sur mon existence, je ne doute pas d’elle. Je peux douter de ce qui m’entoure, mais je m’engage, encore et encore, à maintenir vivante la vie.
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Jacques Salomé
Psychosociologue et écrivain, il est l’auteur notamment de Contes à aimer, contes à s'aimer ( Albin Michel, 2000) et de N'oublie pas l'éternité” (Albin Michel, 2005).

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