CHRONIQUE : Psychotage Bordeaux Gironde

La psychotherapie est omniprésente, elle s’est fait une place majeure dans nos sociétés,pourquoi?

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CHRONIQUE : Psychotage

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À l’heure des informations, il m’arrive de sourire en entendant qu’un accident de la circulation déclenche souvent, en même temps que l’intervention des sauveteurs, la création d’une cellule de soutien psychologique. Quel enfant, de nos jours, ne se retrouve pas, au cours de ses études, devant un psychologue scolaire ? Qui ne s’est pas entendu dire à un ami racontant ses difficultés : « Tu devrais te faire aider. » La psy est omniprésente, elle s’est fait une place majeure dans nos sociétés, on voit des psys partout.

Justement parce que le titre de ce magazine porte le joli nom de Psychologies, il nous revient de mettre en garde contre les exagérations de cet engouement. Le débat ici même, le mois dernier, entre la psychanalyste Claude Halmos et le pédiatre Aldo Naouri sur l’autorité dans l’éducation, dans le numéro de mai de Psychologies, en était un symptôme. Quand Aldo Naouri affirme que l’on ne peut pas tout expliquer, tout négocier avec les enfants, bien des parents déboussolés sont tentés de suivre son conseil. Ne finissons-nous pas par « psychoter » à propos de tout et de rien ?
Le grand Boris Cyrulnik, plus qu’un psy, un humaniste, qui a accepté d’être le rédacteur en chef invité de ce numéro, nous racontait une histoire éclairante. Dans les années 1920-1930, après les convulsions de la révolution soviétique et la guerre civile qui suivit, des hordes d’orphelins désocialisés hantaient les rues. Et, bien entendu, il n’y avait pas assez d’éducateurs pour s’en occuper. Un pédagogue, Anton Makarenko, choisit la manière forte. Il les enrégimenta en masse dans des centres où, sans ménagement, il les faisait travailler toute la journée jusqu’à épuisement, selon un modèle hiérarchique et contraignant. Le bilan, rappelait Boris Cyrulnik, ne fut pas si mauvais : la plupart ne sont pas devenus délinquants et se sont intégrés à la société. Qui oserait agir ainsi aujourd’hui dans nos pays douillets ?
À la même époque, aux États-Unis, la Western Electric mena une expérience, dans son usine de Hawthorne, sur les moyens d’accroître la productivité de ses ouvriers. Après avoir augmenté la lumière dans les ateliers, la société constata que la productivité avait progressé. Plus tard, pour valider l’expérience, la lumière fut diminuée. Surprise ! la productivité augmenta encore. Conclusion : le seul fait de s’occuper d’eux poussait les travailleurs à avoir un meilleur rendement.
Il y a aujourd’hui des dizaines de thérapies psychiques concurrentes. Certaines passent par le corps, d’autres par la seule parole, d’autres encore – la psychanalyse – valorisent le silence du thérapeute. Toutes obtiennent des résultats au moins avec certains types de patients, sinon elles auraient sombré dans l’oubli. Aucune ne marche avec tout le monde, d’où la difficulté de trouver la mieux adaptée. Les meilleurs psys, après des décennies d’exercice, ne craignent pas de dire que le plus important, c’est la qualité d’écoute de celui qui vous aide. De même que, à l’école, le rapport avec le professeur compte plus que la technique pédagogique. Ce constat, qui ne l’a pas éprouvé en amour ?

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