CHRONIQUE : Quand l'espoir guérit Bordeaux Gironde

Certains prêtres vaudous peuvent faire mourir en vingt-quatre heures ceux à qui ils jettent un « mauvais sort ». Les grands prêtres de la médecine moderne sont moins rapides mais tout aussi redoutables!

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CHRONIQUE : Quand l'espoir guérit

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Dix ans après qu’on lui eut diagnostiqué le sida, Paul vivait toujours.C’était bien avant la trithérapie, et tout le monde lui demandait ce qu’il faisait pour résister ainsi à la maladie. Il répondait qu’il prenait des suppléments naturels, surveillait son alimentation et faisait du sport régulièrement. Un jour, au cours d’une conférence de presse, un professeur de médecine lui annonça : « Je suis désolé de vous dire ça, mais j’ai eu beaucoup de patients qui faisaient la même chose que vous, et ils sont morts quand même. Je pense que, malheureusement, d’ici à un an au plus, votre maladie aura pris le dessus. » Effectivement, Paul est mort dans l’année… terrassé par cette terrible condamnation.
Une expérience : on greffe une tumeur cancéreuse à deux rats à qui l’on envoie ensuite des chocs électriques. L’un a la possibilité d’éviter les décharges en appuyant sur un levier, l’autre non. Chez le premier rat, le système immunitaire se met en place pour contre-attaquer et éliminer les cellules cancéreuses. Chez le second, rapidement découragé, les cellules immunitaires sont paralysées et son cancer se dissémine en quelques semaines (“Science”, 216 : p. 437-439 - 1982 et “Science”, 221 : p. 568-570 - 1983).
Est-ce ainsi que Paul est mort ? Lorsqu’il a eu l’impression qu’il ne pouvait plus rien faire d’utile pour échapper aux "chocs" que lui assénait sa maladie ? Le cancer se développe plus vite et de manière plus agressive chez les patients qui contrôlent mal le stress inévitable de l’existence (ce serait d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les groupes de parole prolongent la survie). Or, quel plus grand stress que de s’entendre dire qu’il n’y a pas d’espoir de guérison ? Récemment, le professeur Cole, à San Francisco, a démontré que, parmi les patients atteints du sida, ceux qui ont du mal à contrôler leur stress voient le virus se propager dans le sang malgré la trithérapie. En revanche, ceux qui restent plus calmes face aux difficultés de la vie profitent beaucoup mieux de ce nouveau traitement - leur sang est quatre fois moins contaminé par le virus (“Proceedings of the National Academy of Sciences”, 98 (22) : p. 12695-12700 - 2001).
Mais qui le leur dira ? Presque chaque semaine, j’entends des patients me raconter comment ils ont été condamnés sans appel par leur cancérologue. Ces sentences sont assénées avec la plus grande assurance, comme si les statistiques avaient valeur de loi. A l’inverse, les études comme celle de Cole ne sont presque jamais mentionnées. Les patients en ont pourtant bien besoin ! Pour avoir moi-même déjà fait cette erreur, je crois que les médecins ont plus peur de donner de faux espoirs que de parler de ce qui peut arriver de pire. Pour se défendre contre ce vaudou à l’occidental, les patients se doivent désormais d’en savoir plus que leur médecin sur ce qu’ils peuvent faire pour s’aider eux-mêmes. En commençant par avoir davantage d’espoir en leur corps que la médecine veut bien leur en donner…
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David Servan-Schreiber
Professeur de psychiatrie clinique, David Servan-Schreiber a fondé et dirigé un centre de médecine complémentaire à l’université de Pittsburgh, aux Etats-Unis. Il est l’auteur de Guérir (Pocket 2005) et Anticancer (Robert Laffont (2007)

Novembre 2002

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