CHRONIQUE : Taxer les gros ? Bordeaux Gironde

L’irrésistible montée de l’obésité panique les Etats-Unis. En vingt ans, le nombre d’adultes obèses a doublé et l’excès de poids chez les adolescents a triplé. Le chiffre de 300 000 Américains mourant chaque année de maladies liées à l’obésité est souvent cité.En 1998, Kelly Brownell, professeur de psychologie de l’université Yale et spécialiste des désordres alimentaires et pondéraux, proposait l’institution d’une "fat tax":visant les sodas, les barres chocolatées et les crèmes glacées. L’argent de cette "taxe sur le péché" servirait à financer des programmes de prévention et des campagnes prônant une alimentation saine, à base de légumes et de yaourt allégé. L’alourdissement des taxes sur le tabac ayant contribué à la diminution du tabagisme, pourquoi n’en irait-il pas de même ? Mais quels sont donc les aliments grossissants et relevant du péché ? Faut-il y inclure les produits de fast-food ; taxer les pizzas, les frites et le T-bone steak, plein de protéines… et d

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CHRONIQUE : Taxer les gros ?

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Officialiser l’idée qu’il existerait des aliments grossissants par nature, quelles que soient les quantités et les circonstances de leur consommation, aboutirait à renforcer les interdits, à culpabiliser davantage les mangeurs et à les détourner de l’écoute de leurs sensations physiologiques de faim et de satiété. Cet encouragement à la restriction cognitive aurait toutes les chances de favoriser le développement de troubles du comportement alimentaire et de problèmes pondéraux !
Si les Américains ont renoncé à ce projet, l’idée est discutée outre-Manche et certains nutritionnistes français la verraient d’un bon œil. Le gouvernement américain a finalement opté pour une mesure d’allègement fiscal en faveur de ceux qui travaillent à s’alléger physiquement. Les frais des programmes médicaux ou commerciaux de perte de poids non pris en charge par une assurance médicale sont, dès cette année, déductibles des impôts, sous certaines conditions. Cette mesure, non coercitive, moins nocive que la "fat tax", véhicule néanmoins nombre d’idées fausses : l’onction fiscale prend le sens d’une validation des programmes d’amaigrissement diététiques. Or, ceux-ci échouent dans 85 à 95 % des cas sur le long terme.
Mais la philosophie "yaka" est si pratique : sans elle, on serait obligés d’admettre qu’il n’existe pas à ce jour de méthode amaigrissante sans danger, efficace sur le long terme. Et de se demander si les causes de l’épidémie d’obésité ne sont pas plus complexes qu’on le prétend.
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Gérard Apfeldorfer
Psychiatre, psychothérapeute, ce spécialiste des troubles du comportement
alimentaire a publié de nombreux ouvrages dont Mangez en paix (Odile
Jacob 2008) et répond chaque mois aux internautes de Psychologies.com dans
la rubrique Réponses d'experts.

Juin 2002

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